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Zidrou parle de Maître Corbaque

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actualité bande dessinée - Zidrou parle de Maître Corbaque

Pour son premier album financé par les internautes, Sandawe frappait fort! Une équipe d'auteur chevronnés (Zidrou est notamment le scénariste de Tamara et de l'Elève Ducobu, tandis que E411 s'illustre avec brio dans les pages de l'hebdomadaire Spirou), un financement très rapide et l'enthousiasme des édinautes ont permis de donner une seconde vie à la série Maître Corbaque. Zidrou revient avec nous sur expérience originale.

Bédé-News: Maître Corbaque, c'est un personnage qu'on a découvert dans Spirou il y a déjà ...

Zidrou: ... oui, allez-y, vieillissez-moi (rires)!

BN: Bon, reprenons... Donc, Maître Corbaque, une nouvelle série dont le premier tome vient de sortir chez Sandawe, une jeune structure un peu particulière qui publie pour l'occasion son tout premier album. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a décidé à participer à l'aventure Sandawe?

Z: C'est Patrick Pinchart qui m'a contacté au moment où il lançait Sandawe. Il m'a reparlé de Maître Corbaque, qui dormait dans mes dossiers. Et il a d'ailleurs fallu que je les relise, avant de me dire que c'était drôlement bien fait, mordant, varié, c'est à se demander comment ça a pu être publié dans Spirou ;), et j'ai dit "oui" à Patrick. Mais pour en revenir à Sandawe, vous avez raison, c'est bien une aventure et même un pari. On accepte le risque de l'échec, des difficultés. Mais ça a bien fonctionné; on était parmi les trois projets financés par les édinautes, et maintenant le livre sort (un superbe album d'ailleurs), on est très content, et d'ailleurs, on espère bien lui donner une suite.

BN: A la lecture de ce premier album, la première question est la suivante: Qu'avez-vous contre les avocats?

Z: Ce ne sont pas les avocats qui m'embêtent, ce sont mes contemporains. Ou plutôt le monde dans lequel on vit. Nous vivons dans un monde d'avocats, et, pour un oui ou pour un non, on se fait un procès. Je voulais dénoncer cet état d'esprit. D'ailleurs, au cours de mon travail, j'ai découvert des anecdotes inimaginables: des gens qui attaquent un fabricant de produits alimentaires, parce qu'il n'était pas écrit sur l'emballage qu'il fallait retirer le film alimentaire avant de consommer le produit, ou ceux qui portent plainte contre le fabricant de robinet pour la simple raison qu'ils se sont brûlés en prenant leur douche. Il y a des gens qui portent plainte pour n'importe quoi. Les gens ne savent plus arranger eux-mêmes leur petits problèmes, ils ne savent plus accepter les dysfonctionnements d'une machine, et, quelque part, ils ne savent pas non plus accepter les dysfonctionnements relationnels. Donc, même si c'est bien qu'on puisse aussi attaquer son voisin fan de heavy metal et qui adore mettre sa sono à fond la caisse toute la nuit, il me semble qu'il ne faut pas aller trop loin. Voilà ce que j'ai voulu dénoncer avec Maître Corbaque.

BN: Sandawe est le premier éditeur à permettre le financement d'un album par les internautes. Que pensez-vous de ce système?

Z: Je vais vous expliquer ma vision des choses. A un moment donné, alors que la série passait encore dans Spirou, il a été question de l'éditer en albums. Mais, l'idée n'a pas duré très longtemps: par manque de chance, une certaine personne appartenant à l'équipe éditoriale avait décidé toute seule que E411, le dessinateur, ne pouvait pas convenir. Il faut également savoir que, quelques mois auparavant, on avait dit la même chose à un dessinateur qui s'appelait Pica, autrement dit Tranchand. On lui avait dit "ça ne marchera jamais", et l'éditeur en question a commencé à faire des annotations en rouge sur ses planches. Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de la situation. Je veux bien comprendre qu'on fasse ce genre de choses à un jeune de 22 ans, à la rigueur, mais à un type comme Tranchand, avec 20 ou 25 ans de carrière en tant que dessinateur! Du coup, Tranchand a changé d'éditeur, il est allé chez Bamboo, avec un très bon scénariste, et ils ont fait Les Profs, avec la réussite qu'on connait.
Il y a une morale à cette histoire: on a beau avoir affaire à des professionnels dans le monde de l'édition, il y a une chose qu'il faut bien comprendre: il n'y a qu'un seul décideur du succès d'un série: c'est le public. On peut mettre tout notre talent, d'auteur, d'éditeur, d'imprimeur, dans ce que l'on fait, c'est le public qui a le dernier mot, et si on n'a pas cette modestie-là, on ne va nulle part. Et notre décision, à E411 et à moi-même, de participer au lancement de Sandawe avec Maître Corbaque représente bien cela: nous avons voulu savoir si le public lui-même était assez important pour que l'album puisse se faire. Apparemment, ça s'est bien passé: on a tout de suite senti l'intérêt des internautes et le budget a été bouclé très rapidement. Maintenant, je ne vous cache pas qu'on sait que ça va être difficile: c'est le tout premier album de Sandawe, on ne sait pas si les libraires vont jouer le jeu, il y a plein de paramètres susceptibles de jouer, mais, justement, je crois que le jeu en vaut la chandelle ;)

Propos recueillis par Thomas Clément


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