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Mus, Mouse, Mouse, Variations suédoises autour de la BD d’Art Spiegelman

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Le 18 septembre 2011, le mémorial de la Shoah de Paris ouvrait ses portes à la bande dessinée pour une exposition visible jusqu’au 30 décembre.
 

 

Très intéressante, cette exposition présente une trentaine de planches réalisées par des auteurs suédois, autour de la série Maus qui a fait connaitre Art Spiegelman. C’est en quelque sorte un petit avant-goût de la grande exposition qui aura lieu au Festival International de la BD d’Angoulême 2012, dont Art Spiegelmann est enfin l’invité d’honneur. C’est en effet plus de vingt ans après sa publication que cette œuvre a enfin une véritable reconnaissance académique en Europe.
 
Avant de parler de cette exposition, il semble important de parler d’Art Spiegelman et de sa bande-dessinée. Art Spiegelman est né en 1948 en Suède, à Stockholm (d’où ces variations suédoises) où ses parents polonais ont immigré après la guerre avant d’aller s’installer aux États-Unis. Au début des années 1980, il éprouve le besoin de raconter l’histoire de sa famille, car ce n’est pas une histoire qu’il a vécu mais une histoire qu’il subit. Il va donc faire de ses deux tomes de Maus le témoignage d’une histoire trans-générationnelle dans laquelle il montre avec pudeur et sincérité le combat et les travers de son propre père. Avec sincérité, car il fait très peu de tabou, allant jusqu’à montrer que son père qui a vécu l’horreur des camps de concentration, est après tout humain et capable lui aussi de racisme basé sur des préjugés. Et avec pudeur, car pour atténuer la violence du récit sans la cacher, il décide de donner aux personnages une apparence animale : les juifs sont représentés comme des souris, les allemands des chats, les polonais des cochons, etc.
 
Cette série a donc énormément marqué les esprits, car premièrement, peu de représentations de la Shoah dans la bande-dessinée la précèdent, en faisant ainsi un témoignage poignant. Et  deuxièmement, dès sa sortie la représentation des juifs en rongeurs a scandalisé de nombreux juifs qui ont eu l’impression d’être représentés comme de la « vermine ». C’est donc une série qui a énormément fait parler d’elle et qui est devenue une véritable référence car elle a permis à la bande dessinée d’accéder au rang de média.
 

Parmi les oeuvres exposées, le travail de Jamil Manii

 

Retour sur l’exposition Mus, Maus, Mouse, visible au Mémorial de la Shoah à Paris. Le nom de l’exposition n’a pas été choisi au hasard, puisque ces trois mots signifient « souris » en Suédois, Allemand et Anglais, trois langues parlées dans trois pays dans lesquels Art Spiegelman ou ses parents ont vécu. Le commissaire de cette exposition est Jamil Mani, auteur suédois et professeur de bande-dessinée à Malmö, l’un des initiateurs du projet avec Didier Pasamonik, éditeur et journaliste. Ils ont donc inauguré cette exposition le 18 septembre 2011 en présence  de Joël Kotek, professeur d’histoire à l’Université de Bruxelles et Fredrik Strömberg, auteurs de livres sur la bande dessinée et président de l’association suédoise de la bande dessinée.
 
Cette belle exposition est plus ou moins divisée en deux parties. Dans une première partie, elle présente des planches dans un format assez inhabituel (elles sont de formes carrées et non pas rectangulaires comme la bande-dessinée dite franco-belge), qui représentent chacune la vision de la Shoah, ou l’impact de l’œuvre Maus sur leurs auteurs. Elles amènent donc un nouveau regard sur cette œuvre, qui peut être parfois enfantin, parfois très dur, voire même complètement métaphorique. Dans la seconde partie de l’exposition, on peut admirer une petite rétrospective des albums traitant du thème de la Shoah et du judaïsme : comme la toute première bande dessinée qui porte sur le thème, La bête est morte de Calvo, publiée en 1945, ou la revue RAW, qui a été la toute première à publier Maus, ou encore Le Chat du rabbin de Joann Sfar.
 

 

Didier Pasamonik, Joël Kotek, Jamil Mani et Fredrik Strömberg ont profité de cette inauguration pour organiser une rencontre-conférence sur le thème de la « Représentation de la Shoah dans la bande dessinée de 1944 à nos jours ». Au cours de cette conférence, ils ont abordés différents sujets, comme « Vivre Maus », « les points de vue sociologique et sociétal » ou encore « la BD Kasher ». Bref, une conférence très intéressante et enrichissante bien qu’un peu trop académique.

E. Aubague


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