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I was a teenage zombie. Entretien avec Guillaume Griffon

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Après avoir achevé un western hors norme avec « Billy Wild », Guillaume Griffon s’est lancé dans un road movie horrifique, bouillonnant d’idées et d’hommages au cinéma B. Mais au-delà du simple exercice de style, « Apocalypse sur Carson City » fait la démonstration des qualités prometteuses d’un jeune auteur en matière de dessin, de mise en scène et d’imagination.

Comment procédez-vous pour obtenir un dessin aussi aigu ? Travaillez-vous au stylet et à la carte à gratter ?

Hé non, en fait je travaille sur ordinateur. J’ébauche d’abord une esquisse, je la numérise et puis, je la vectorise. Je la travaille ensuite sur « Illustrator » en marquant les contours, en rajoutant des éléments ou en encrant.

Ne pensez-vous pas que travailler en noir et blanc peut être aujourd’hui handicapant pour un jeune dessinateur? Pourquoi persistez-vous dans cette direction ?

Je ne suis pas à l’aise avec la couleur. Je crois que mon dessin – mon style en général –, peut très bien s’en passer. Cela correspond à mon univers et à mes influences. Et puis franchement, je ne crois pas que cela apporte la moindre chose. Bon il y a l’aspect commercial, j’en ai bien conscience. Mais je ne crois pas que cela soit si déterminant que cela.

Si je devais absolument renoncer au noir et blanc, je procéderais par aplats, mais je ne suis pas coloriste dans l’âme.

J’ai été aussi fortement marqué par la bande dessinée populaire des années cinquante. Wallace Wood ou Bernie Wrightson sont pour moi des références importantes. Ce sont des dessinateurs qui ont une aisance incroyable avec le trait. J’admire chez ce dernier sa technique de hachure souvent proche de la gravure. Ce sont ce genre de problématiques ou de démarches qui me parlent.

Enfin, et même si ma technique est très différente d’eux, je vois que Mezzo, Burns ou Jack Kirby sont parvenus à générer des univers uniques par leur manière d’encrer. Même si leurs bandes dessinées ont été parfois mises en couleur, c’est leur trait qui importe.

Le cinéma des années 70-80, et particulièrement le cinéma de genre, est très présent dans vos récits. Qu’est-ce qui vous attire dans ce type de production ?

J’ai été biberonné avec le cinéma B. Le western-spaghetti (ou ceux dans la lignée du « Reptile » de Mankiewicz), le polar à la Friedkin, les films de karaté et surtout la vague horrifique qui a vu émerger des auteurs tels que John Carpenter, Le Giallo de Mario Bava, Lucio Fulci ou de Dario Argento, les classiques de la Hammer et aussi des choses plus artisanales, dirons-nous, comme les fameuses productions de Roger Corman. Ensuite, il y a quelques films qui ont une place à part comme « Creepshow » parce qu’il réunit en l’occurrence, des auteurs majeurs comme Stephen King, Bernie Wrightson, Georges Romero et des acteurs cultes comme Leslie Nielsen ou Adrienne Barbeau. J’aime tout particulièrement le sketch intitulé « The Crate » (« La Caisse » dans la version française, ndlr).

Il y a aussi dans vos ambiances un côté « Tex Avery », un côté un peu grotesque et trash. Tobe Hooper a d’ailleurs toujours assumé l’influence de ce dernier dans « Massacre à la tronçonneuse ».

Je suis d’abord un illustrateur avant d’être un auteur de bandes dessinées. Le travail de Tex Avery est donc quelque chose que j’apprécie. Je considère effectivement que les passerelles entre ses animations et certains films d’horreur existent bel et bien. Je me souviens de quelques dessins animés particulièrement lugubres et de films avec un second degré ou un humour tout aussi décalé. Le travail de Jack Davis et des différents auteurs de l’écurie des EC Comics souligne le rapport très étroit entre l’humour et l’horreur. L’un exacerbe l’autre avec beaucoup d’efficacité, parce que ces deux modes d’expressions sont a priori opposés.

Pour en revenir à Tex Avery, sa science du mouvement et même la façon dont les dialogues sont répartis reste un objet de fascination constant. Mine de rien, les questionnements que je me pose à propos de la fluidité de mes séquences trouvent des solutions dans l’étude de ce type de créateur.

Il y a de nombreux anachronismes dans « Billy West ». Est-ce quelque chose que vous avez délibérément mis en place ?

J’ai souhaité davantage réaliser un « dark-west » avec cet album que véritablement une uchronie. Je voulais dépasser certaines limites du genre. Je me suis dit qu’après le western-spaghetti, après le western mystique de Clint Eastwaood, qu’on pouvait aller plus loin sans pour autant naviguer dans les eaux du fantastique. Les anachronismes de « Billy West » sont cependant délibérés. Je considérais que c’était un élément supplémentaire pour planter mon univers. Plusieurs personnes m’ont fait des remarques et ont été un peu gênées par les libertés que j’ai prises. J’aurais sans doute du être plus outrancier: mon intention aurait été peut-être plus évidente.

« Apocalypse sur Carson City » foisonne de sous-intrigues ou de digressions. Comment procédez-vous pour orchestrer tous ces personnages et ces situations ?

Je suis sensiblement influencé par les séries américaines contemporaines. J’aime leur audace, je suis fasciné par la richesse et l’entrelacement des sous-intrigues. Même leurs dispositions au cœur de l’histoire ne sont pas laissées au hasard.

En règle générale, je trace les grandes lignes du scénario ainsi que quelques portraits clefs. Je n’ai jamais d’idées très précises de la conclusion. Elle finit par s’imposer à moi au fil du temps et de l’avancement de mon travail. Curieusement, j’ai plus d’aisance à construire les rapports entre chaque figurant, que dans la construction d’un scénario ficelé et bétonné.

À ce propos, vous avez créé des sortes de fiches pour chacun de vos personnages. Elles surviennent comme des « flash » spéciaux en plein milieu de l’action. On peut en lire aussi à la fin du second album. Avez-vous été un adepte de jeux de rôles ?

C’est sans doute mon passé de « rôliste » en effet, qui est à l’origine de mon rapport aux personnages et c’est vrai que ces espèces de petites fiches en sont un stigmate. Le cinéma contemporain utilise aussi ce type de stratagème: on peut trouver dans « Snatch » des sortes d’arrêts sur image qui ont à peu près le même objectif. Non seulement, je trouve que cela dynamise le scénario, mais cela lui confère une certaine patine, un côté pulp. Que ce soit dans les films de Tarantino ou de Rodriguez, il y a toujours une galerie de personnage très dense au point que la trame générale est finalement au service des protagonistes. C’est ça, la singularité des grindhouse et c’est cela aussi qui m’intéresse.

Propos recueillis par Kamil Plejwaltzsky.

Illustrations © Guillaume Griffon - Akiléos

Photographie © Kamil Plejwaltzsky.



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