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Frank Margerin et la Musique

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actualité bande dessinée - Frank Margerin et la Musique

Quand Frank Margerin fait paraître ses premières bandes dessinées au milieu des années 70 dans Métal Hurlant, on se dit tout de suite que ce type là est un fondu de musique. Très vite le petit groupe d'amis qu'il a créé (Ricky, Gillou, Riton et Lucien, soit Ricky Banlieue et ses Riverains), va prendre le pas sur les histoires plus disparates qui formeront ses deux premiers recueils chez les Humanoïdes Associés. Et, parmi notre quatuor, Lucien finira par devenir le personnage principal, essentiellement parce que, d'après Frank Margerin lui-même, il n'était pas inspiré par un proche du dessinateur (Gillou prend sa source chez le petit frère de Frank, et Ricky chez un ami).
 

 

Lucien et ses potes vivent à Malakoff, et sont des nostalgiques des années 60, n'écoutant que du « vrai » rock'n'roll (Chaussettes Noires, Chats Sauvages, Elvis, Gene Vincent, etc). Difficile de voir là autre chose que la propre jeunesse de Margerin transposée dans ses personnages, leur cadre de vie, leurs loisirs (flipper, bécanes, drague, concerts), ce dont il ne se cachera d'ailleurs jamais. C'est pour cela que, en 2008, lorsque Margerin reprendra son personnage de Lucien, dans l'album « Toujours la banane », il le fera vieillir, tout comme lui, afin de lui faire vivre un peu de ce que lui-même a connu à l'amorce de la quarantaine et de la cinquantaine. Quelque part, on peut donc dire que Margerin et Lucien ne font (presque) qu'un.

 

 
C'est donc fort logiquement que l'exposition « Frank Margerin et la musique », en marge du festival « Bulles Zik » (voir par ailleurs le reportage consacré à ce festival), tourne essentiellement autour du personnage de Lucien (pas de Manu, pas de Momo le Coursier ici), avec de nombreuses planches originales extraites de pratiquement tous les albums, y compris les plus récents.

 

 
Mais quand on évoque la musique dans la vie de Margerin, il n'y a pas que Lucien. Il y a aussi tous les travaux du dessinateur « autour » de la musique, comme des affiches de concerts et de festivals, des pochettes de disques (Margerin, groupe picard qui tient son nom de celui de son chanteur, sans lien de parenté avec Frank, Nino Ferrer, les Socquettes Blanches, Olivier Lorquin, Bashung, pour le 45t « Touche pas à mon pote », ou bien encore la série de CD « La fabuleuse histoire du rock » commanditée par... Crunch, la marque de chocolat), tous documents présentés ici bien sûr.

Et puis comment ne pas évoquer non plus la carrière musicale de Margerin, plus ou moins entamée au sein de Los Crados, groupe emmené par Denis Sire, qui deviendront le Denis Sire Quartet, puis, surtout, rejoints par Jean-Claude Denis, Dodo et Vuillemin, Dennis Twist, qui séviront entre 1986 et 1989, enregistrant deux albums, et se payant même le luxe, au passage, d'infiltrer le Top 50 avec un slow improbable, parodique, mais hautement référencé, « Tu dis que tu l'M », sûrement le plus beau coup médiatique de la bande, qui doit encore beaucoup les faire rire aujourd'hui. En 1992, le groupe, avec plus ou moins les mêmes (Berberian est désormais de la partie), se reformera sous le nom des Hommes Du Président, mais n'apparaît plus que très ponctuellement pour quelques happenings sélectionnés avec soin. Une vitrine de l'expo est ainsi consacrée à cette facette du talent de Margerin, avec notamment quelques belles photos plutôt rares.

Mon coup de cœur restera quand même le présentoir avec les figurines produites à partir de la série Lucien, et notamment le groupe Ricky Banlieue et ses Riverains au grand complet, avec instruments et amplis, une pure merveille.

L'exposition n'est pas pléthorique, elle se visite en une demi-heure si vous vous attardez vraiment sur chaque planche et devant chaque vitrine. Comptez une demi-heure de plus si vous visionnez les trois petits films documentaires que Jean-Luc Muller a consacrés à son pote Margerin et qui tournent en boucle. Notons que le cadre est spacieux et plutôt agréable, et que le fait que l'expo soit au cœur même d'une médiathèque, avec le passage inhérent à ce genre d'endroit, la rend beaucoup plus « vivante » que si elle avait été accrochée dans un lieu plus confidentiel, ce qui, quand on parle de Margerin, de Lucien et de la musique, est quand même un minimum, vous en conviendrez. Bien que, en la matière, on puisse se demander si le meilleur cadre d'exposition ne resterait pas, finalement, un bar de banlieue, avec son flipper, son juke-box, et ses habitués scotchés au zinc.

Jusqu'au 27 août 2011
Médiathèque Marguerite Duras
115 rue de Bagnolet – 75020 Paris
Métro : Porte de Bagnolet ou Gambetta
Horaires :
Mardi à Vendredi : 13h – 19h
Samedi : 10h – 18h
Entrée libre

Lionel Dekanel


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