Report
Vendredi
Première image et le ton est donné. En cette fin d'après-midi de vendredi, alors que je viens assister à la balance de Lord Fester pour le concert du soir, ce sont quelques-uns des bénévoles de l'association Bulles Zik qui sont en train de redécorer la grille d'entrée de la verrière qui donne accès au Gibus, mythique club parisien qui accueille, pour la première fois, la manifestation. T-shirts des bénévoles et affiches du festival sont à l'unisson, ornés du dessin spécialement concocté pour l'occasion par Frank Margerin, l'invité d'honneur de tout ce week-end où les bulles vont résonner d'accords électriques.
On connaît les liens qui unissent bande dessinée et rock'n'roll depuis l'émergence de Métal Hurlant qui, dans les années 1970, en France, défendit avec force et conviction l'indissoluble complicité entre ces deux formes d'art. C'est d'ailleurs dans les pages de Métal Hurlant que Margerin se fera connaître, notamment avec son personnage fétiche, Lucien, et ses amis du groupe Ricky Banlieue et ses Riverains. A partir de là, on ne pourra décemment plus dissocier bande dessinée et rock'n'roll, tant de nombreux dessinateurs se feront un devoir d'apparaître, aussi, une guitare ou un micro à la main. Et à ce petit jeu Margerin ne sera évidemment pas le dernier (voir l'exposition qui lui est consacrée, toujours sous les auspices de Bulles Zik, à la médiathèque Marguerite Duras, rue de Bagnolet, dans le 20ème, on en parle ailleurs sur ce site).
C'est justement Margerin qui ouvre les hostilités le soir même, à l'occasion d'un concert dessiné, où il est accompagné par les accents rauques et rugueux du rock'n'roll bluesy de Lord Fester, Fred Beltran dans le civil, qui, lui, a décidé de ne pas choisir entre musique et bande dessinée, et de faire les deux avec le même sérieux, le même professionnalisme, à parts pratiquement égales, puisque, en plus de se produire sur scène avec son Combo, il est également le guitariste attitré des Washington Dead Cats, survivants bien vivants de la scène alternative des années 80.
L'inauguration sonore de ce 5ème Bulles Zik voit donc Margerin crobarder en direct live, son travail étant filmé et retransmis sur écran afin que tout le monde apprécie son coup de crayon, pendant que, à l'autre bout de la scène, Lord Fester, inhabituellement en one man band, nous balance ses reprises millésimées 40's et 50's, soit la période qui signa peu ou prou l'acte de naissance du rock'n'roll. Margerin qui ne s'affranchit surtout pas de son style pour l'occasion, y allant de ses gros nez, de ses gros cubes, de ses grosses bastons limonadières, de ses gros doigts d'honneur (inénarrable beauf en solex exprimant ainsi son mépris à un biker étonné), ou de ses grosses caricatures, dont Beltran lui-même dès le premier dessin.
Dans la salle on note, déjà, la présence d'un Denis Sire des grands jours, qui s'éclatera tout le week-end au son des groupes qui se succéderont sur scène. Il faut dire que lui non plus n'est pas étranger au monde du rock'n'roll puisque, avec Margerin, entre autres, il forma, en son temps, Los Crados, Dennis Twist et les Hommes du Président. On reste entre gens de bonne compagnie.
Suivront deux groupes pour cette soirée inaugurale, Boxon, avec une pop trop propre sur elle et trop mièvre pour vraiment le mettre, le boxon, et les anglais the Bishops, nettement plus affriolants avec leur power-pop biberonnée à la vitamine C et montée sur ressort.
Samedi
Le lendemain, samedi, l'après-midi est consacré au festival BD proprement dit, avec une galerie du Gibus fort animée, mais sous verrière et donc surchauffée eu égard à l'éclatant soleil qui agrémentait ce premier week-end de vacances, ce dont on ne saurait se plaindre... en extérieur, mais qui, derrière les vitres, donnait un petit air de haut-fourneau à cette si charmante assemblée. On ne peut pas tout avoir il est vrai. Une galerie envahie de stands et de longues rangées de tables réservées aux dédicaces, tous étalages devant lesquels se pressait un public dense et fourni, mais point trop non plus, ce qui permettait à tout ce petit monde de circuler sans problème aucun et sans risque pour ses fragiles petons (personnellement je ne porte que des paraboots coquées, je ne crains donc rien de ce côté-là, mais il m'arrive parfois de penser à mon prochain, surtout si, comme moi, il est bédéphile et musicophage, quelque chose de l'antique fraternité clanique probablement). Au hasard des déambulations on aura pu reconnaître moult personnalités qui appliquent cette schizophrénie artistique les faisant picorer à la fois dans la gamelle de la BD et dans la mangeoire de la musique : Frank Margerin, évidemment, qui aura donc passé son week-end feutre à la main ; Denis Sire, qui a récemment illustré le dernier album solo du guitariste des Wampas, Tony Truant ; Julien/CDM, dont le dernier album, « The Zumbies », avec Lindingre, est une ode au rock'n'roll cryptique, et qui est aussi bassiste de Beef Paradise qui jouera le soir-même (du coup il enchaînera dédicaces, balance, re-dédicaces et concert quasiment sans temps mort) ; Jean-Claude Denis, pilier du Dennis Twist ; Cha, du collectif Humungus, spécialistes de la conception de fresques géantes dans les concerts punk, et qui a elle-même illustré quelques pochettes d'albums (Pogomarto) ; Thierry Guitard, qui vient coup sur coup de signer le graphisme des disques de Fred Alpi et Pat Kebra ; ou encore Ptiluc, Gilbert Shelton ou Guillaume Bouzard. Le tout se déroulant dans une ambiance fort décontractée, conviviale et plutôt bon enfant, que demander de plus ?
Au sous-sol, soit dans l'enceinte même du Gibus, se tenait l'espace réservé aux « indépendants », avec, entre autres, le stand de la Fanzinothèque de Poitiers, celui du disquaire Hands And Arms (dont l'une des dernières productions, un EP du groupe hollandais Batmobile, est illustrée par Mo/CDM), celui du collectif Kronik, ainsi que de nombreux autres fanzines. C'est également là que se tenaient les tables rondes, mais le temps m'a malheureusement manqué pour y assister.
Le soir, deuxième gros concert du week-end, avec pas moins de cinq groupes au programme, à commencer par Zonar, rock'n'roll plutôt pêchu et énergique. Pour prendre la suite, Stygmate, punk-rock à textes dont le dernier album offre à voir une belle brochette de dessinateurs pour illustrer chaque chanson, dont Pierre Ouin (vous vous souvenez de Bloodi ?), Chester ou Taga (qu'on croisera tout au long du week-end elle aussi, et qui, accessoirement, tient également la basse au sein de Swindle et de La Bonne La Brute Le Truand). Puis vint le tour de Beef Paradise, avec Julien/CDM à la basse, qui achevait là son marathon, du rock'n'roll juteux et incantatoire, à ranger quelque part entre Cramps, Washington Dead Cats, Brain Eaters, Vierges et autres Fleshtones. Ensuite Dead Pop Club investit la scène. Le groupe est très branché comics et super-héros, il suffisait de voir les t-shirts arborés pour l'occasion, sans parler de quelques-unes de leurs chansons qui abordent ce thème. Mais, surtout, l'événement de ce soir, était la première participation de Mickson à une performance dessinée pendant le concert, ce qui ne dut pas être facile pour lui en terme de concentration avec le punk-rock joué à mach II par un groupe de plus en plus survolté. Et pour clore la soirée, Guérilla Poubelle. A ses débuts, le groupe avait intégré le graphiste Jokoko qui alternait performances dessinées et hurlements divers et variés. Depuis quelques temps Jokoko a quitté le groupe, mais il est revenu spécialement pour cette soirée, reprenant donc prouesses vocales et picturales. Du moins était-ce ce qui était prévu, mais, Jokoko étant dans un état d'ébriété un tantinet avancé, force m'est de reconnaître que ce ne fut pas là la meilleure prestation qu'il m'ait été donné de voir depuis l'existence du groupe. Ce sont des choses qui arrivent... « Shit happens » ont l'habitude de dire les américains dans ces circonstances.
Dimanche
Le dimanche, les choses reprirent là où elles s'étaient arrêtées la veille dans la galerie, avec un nouvel après-midi de dédicaces, et une nouvelle table ronde au sous-sol, ainsi qu'un dernier concert le soir, auquel mon emploi du temps ne me permit pas d'assister, il me sera donc difficile d'en parler.
A noter enfin que le festival s'est clôturé avec la remise du traditionnel Prix Bulles Zik, attribué cette année au « Chanteur sans nom » de Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez (Glénat), le jury ayant également accordé une mention spéciale à l'album « J'aime pas la musique » (un comble non ? :-) de David Snug (Les Enfants Rouges). Au final un festival fort plaisant, surtout pour qui aime à la fois la BD et la musique... mais pas que.
Galerie photos

Le petit monde de Margerin sur écran et sur scène

Margerin sous les feux de la rampe

Lord Fester inspiré et mystique

Margerin en dédicace, toujours à l'écoute de ses lecteurs

Une fresque signée Denis Sire

Julien/CDM en dédicace : « Qui me parle ? »

Julien/CDM en mode musicien

Batman (ou à peu près) et Captain America, Dead Pop Club annoncent la couleur : c'est super-héros dans la place !
Mickson (de dos) pendant le concert de Dead Pop Club
Lionel Dekanel










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